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L’intelligence artificielle est au coeur d’une bataille financière et énergétique sans limite de la part des géants du web comme Google, Meta, Microsoft ou encore Amazon.
L’IA promet effectivement monts et merveilles. C’est certain, dans de nombreux domaines, elle révolutionne les métiers et les usages. S’en passer devient de plus en plus difficile. Pourtant, derrière le rêve d’une technologie libératrice, se cache un réel monstre vorace en énergie. Les géants de la Silicon Valley investissent plus de 400 milliards de dollars dans l’IA cette année. Un chiffre vertigineux, symbole d’une course effrénée où chaque retard se paie d’un effacement du marché. Mais pour alimenter cette machine, il faut de l’énergie. Beaucoup d’énergie. Et, ironie du sort, les États-Unis rouvrent des centrales nucléaires vieillissantes, voire des centrales à charbon, pour nourrir leurs algorithmes.
Quand l’IA rallume les vieux réacteurs
Ainsi, Google s’associe à NextEra Energy pour relancer la centrale nucléaire Duane Arnold, dans l’Iowa. Fermée depuis 2020 après quarante-cinq ans de service, elle renaîtra en 2029 pour fournir de l’électricité à la firme californienne. L’entreprise vante une énergie propre, fiable et continue. Mais la réalité interroge. Relancer une centrale arrêtée depuis cinq ans, dans un contexte de dérèglement climatique et d’obsolescence technique, n’a rien d’anodin.
À cela s’ajoute la remise en route prochaine du site tristement célèbre de Three Mile Island, en Pennsylvanie, prévue par un autré géant de la tech. Rappelons que cette centrale a été le lieu d’un accident sérieux survenu le 28 mars 1979 et qu’elle est fermée depuis 2019. Autrement dit : pour nourrir des serveurs, on ressuscite des centrales marquées par l’histoire et la peur.
Une dépendance électrique croissante
Derrière ces annonces, un constat : l’intelligence artificielle consomme autant d’électricité que certains pays entiers. Selon l’Agence internationale de l’énergie, la demande des data centers devrait plus que doubler d’ici 2030. Alors que plus de la moitié de leur électricité reste d’origine fossile. L’IA représente déjà un pourcentage non négligeable de la consommation mondiale d’électricité (un peu plus de 3%). Une part appelée à exploser.
Pour les ingénieurs, “la voie la plus rapide” vers plus d’énergie, c’est le redémarrage des anciens réacteurs. Pour les citoyens, cela ressemble plutôt à un retour en arrière. L’innovation numérique rouvre les cicatrices du passé, sans garantie de sécurité.
Surtout, on relance une course énergétique au moment où la sobriété devrait s’imposer. On va relancer certainement des centrales thermiques pour fournir de l’électricité aux gourmandes IA alors qu’on devrait les arrêter petit à petit. On va continuer à extraire de plus en plus de pétrole ou charbon au lieu de les laisser enfouis à jamais.
Un gouffre énergétique et financier
À Wall Street, tout semble aller pour le mieux. Nvidia, géant des puces IA, se porte à merveille avec une capitalisation qui dépasse le PIB de la France. Mais cette bulle d’or numérique cache une bulle énergétique. Produire, refroidir et maintenir les serveurs exige une consommation d’eau et d’électricité colossale. Les marges se rétrécissent, les infrastructures s’épuisent. Dans un contexte de sécheresses récurrentes, on demande aux citoyens de réduire leurs douches et leurs déchets, tandis que les géants du web engloutissent des mégawatts pour entraîner leurs modèles informatiques. Cette contradiction devient insoutenable. La rentabilité de cette frénésie énergétique repose toujours sur la même illusion : celle d’une croissance infinie dans un monde fini. Avec, au passage, l’enrichissement d’une minorité, au détriment de la très grosse majorité de la population qui en paie les frais.
Une liberté capitaliste sans garde-fous
Les géants du numérique ne sont pas fous : ils savent que s’ils freinent, ils seront dépassés. C’est le coût de la survie pour eux. Mais à quel prix collectif ? Chaque décision de ces entreprises pèse sur les ressources communes : eau, sols, atmosphère, uranium. Or, aucune régulation globale ne limite encore leurs appétits. Ce libéralisme technologique, qui érige la performance en dogme, ignore les limites écologiques. Sous couvert d’innovation, il creuse les inégalités : un internet de luxe pour les uns, des coupures d’électricité à venir pour les autres.
Alors, loin de moi l’idée d’exiger l’arrêt des systèmes d’intelligence artificielle qui pourrait être un outil qui facilite la vie des gens. Au contraire, je l’ai déjà défendu : l’IA est une révolution qui a des raisons d’être. Mais sans contrôle démocratique, elle devient une prédatrice destructrice. Quand on rouvre des centrales nucléaires vétustes pour entraîner des algorithmes alors que l’eau se raréfie pour refroidir des serveurs, il est temps de s’interroger sur les limites que nous devons poser. Nous, les citoyens, sommes invités à la sobriété. Pendant que la Silicon Valley relance les vieux réacteurs du vingtième siècle à coups de millions. Une bulle spéculative est en train de s’installer petit à petit. Une bulle financière qui, sans réels fondements économiques, explosera tôt ou tard, entrainant le système financier mondial vers les abysses. Alors oui, l’IA peut être une chance. Mais si nous la laissons suivre la logique du profit et non celle du sens, elle ne sera plus notre avenir mais notre tombe.