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Le rapport « Grandeur et Décadence 2025 » du Global Energy Monitor dresse un tableau contrasté de l’usage du charbon dans le monde.
Les fermetures s’accélèrent en Europe. La Chine et l’Inde, elles, ravivent la flamme.
Derrière les chiffres, une évidence : la transition reste inégale et fragile.
Un monde à deux vitesses
En 2024, la planète a connu le plus faible niveau de nouvelles centrales au charbon depuis vingt ans, soit 44 gigawatts. Mais ce progrès reste en trompe-l’œil : les nouvelles mises en service dépassent encore les arrêts. Le parc mondial augmente de près de 19 GW. En Chine, 94 GW sont en construction, un record depuis 2015. En Inde, 38 GW de nouveaux projets voient le jour. À elles deux, ces puissances représentent 92 % des nouveaux chantiers mondiaux. Ailleurs, la tendance s’inverse : 80 GW seulement de capacités sont encore en projet hors Asie, contre 445 GW dix ans plus tôt.
L’Europe : pionnière du désengagement
L’Union européenne mène la danse. En 2024, les fermetures de centrales à charbon ont quadruplé. L’Allemagne (6,7 GW) tire la hausse. A l’inverse, le Royaume-Uni a fermé sa dernière centrale en 2024. Devenant ainsi le sixième pays au monde à tourner la page du charbon depuis l’accord de Paris. Aujourd’hui, l’UE a comptabilisé un peu moins des fermetures mondiales. Enfin, l’énergie solaire a suplanté le charbon pour la première fois en 2024. Ce charbon est maintenant relégué au sixième rang des sources d’électricité européennes.
Des retards et des contradictions persistantes
Malgré cette dynamique, les promesses de sortie ne suffisent pas. L’Europe devra tripler le rythme des fermetures. C’est à dire passer de 19 GW à 70 GW par an pour respecter les objectifs de l’accord de Paris. En Allemagne, plusieurs centrales “clés” ont vu leurs arrêts repoussés à 2031. Bien au-delà de la cible initiale de 2030. La « fin » de l’approvisionnement en gaz russe a largement expliqué ce retard. En Pologne, 40 % des capacités restantes n’ont encore aucune date d’arrêt prévue. Varsovie n’envisage d’ailleurs pas de renoncer au charbon avant 2049. Malgré les bénéfices sanitaires et économiques d’une sortie accélérée.
Ailleurs, la résistance s’organise
En dehors de l’Europe, les contrastes sont nets. Aux États-Unis, les arrêts ont chuté à leur plus bas niveau depuis 10 ans. En Indonésie, un objectif d’élimination du charbon est acté d’ici 2040. Mais des projets captifs destinés à alimenter spécifiquement l’industrie et non le réseau global se multiplient encore. En Afrique, le Zimbabwe et la Zambie relancent leurs centrales. Avec l’aide de financements chinois. Enfin, en Asie de l’Est, le Japon et la Corée du Sud misent sur la co-combustion du charbon avec de l’ammoniac, une technique coûteuse et peu efficace.
Vers un effacement historique
Le mouvement mondial de sortie du charbon s’enracine malgré tout. Depuis 2015, les projets ont chuté de 142 à 5 dans les pays de l’OCDE. En Amérique latine, seuls le Brésil et le Honduras conservent des projets, souvent gelés. Le Panama a promis de fermer toutes ses centrales d’ici 2026. Le Royaume-Uni, lui, montre la voie : son abandon complet symbolise la fin d’un cycle industriel ouvert au dix-neuvième siècle.
La décadence du charbon semble désormais enclenchée. Mais sa grandeur passée pèse encore lourd sur le climat. Pour rester sous les 1,5°C de réchauffement, 200 GW de capacités vieilles de plus de quarante ans doivent fermer en théorie avant 2030. Le monde avance, mais trop lentement.