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Philosophe, journaliste, romancier, André Gorz a défendu une certaine vision de l’écologie politique.
Il fut l’un des premiers à relier autonomie individuelle et écologie politique. Visionnaire, il définit la crise environnementale comme étant aussi et avant tout une crise du sens et du pouvoir sur soi. Son héritage irrigue aujourd’hui toutes les réflexions sur la décroissance. Mais aussi sur l’éthique du travail et de l’émancipation.
Une quête de liberté
André Gorz nait à Vienne, en 1923. Il grandit dans une Europe de l’entre deux guerre, marquée par la montée du fascisme. Son père est un industriel juif. Sa mère est secrétaire. Envoyé en Suisse pendant la guerre, il s’y forge une conviction qui guidera toute sa réflexion. Pour lui, seul l’individu libre peut résister à la barbarie. Il devient journaliste à L’Express. Il utilise le nom pseudo de Michel Bosquet. Pour lui, l’écologie commence par la reconquête du pouvoir sur soi. La liberté, l’individu comme clé d’une écologie politique efficace. En 1964, il fondera Le Nouvel Observateur aux côtés de Jean Daniel.
Un penseur prolifique
André Gorz laisse une œuvre dense, traduite dans le monde entier. Parmi ses ouvrages de référence, on compte :
- Écologie et politique (1975), où il forge les bases de l’écologie sociale.
- Adieux au prolétariat (1980), manifeste sur la fin du travail industriel.
- Métamorphoses du travail (1988), qui annonce l’ère post-industrielle.
- Écologica (2007), testament philosophique sur la société conviviale.
- Éloge du suffisant (publication posthume, 2019), qui célèbre la sobriété heureuse.
- Ou encore Leur écologie et la nôtre, André gorz et l’écosocialisme …
Ses livres, souvent courts mais denses, ont inspiré de nombreux intellectuels. Ils annoncent des débats contemporains sur :
- le revenu universel,
- la réduction du temps de travail,
- la décroissance choisie.
Les crises écologique et climatique dominent déjà l’actualité. Sans toujours nourrir une réflexion de fond. André Gorz rappelle que pour lui, l’écologie est avant tout politique. Que la liberté, l’autonomie et une critique radicale du capitalisme et de la domination sous toutes ses formes en sont les fondements.
André Gorz dénonçait alors la monnaitisation de toutes les activités humaines. Bien avant que l’on parle de « mondialisation libérale ». Il a montré que la logique économique envahit tous les domaines de la vie. Qu’elle finit par détruire le lien entre travail, culture et existence. Jusqu’à dénaturer le sens même des activités humaines. Les années suivant sa mort ne feront que confirmer et conforter ses propos.
De l’existentialisme à l’écologie politique
À l’origine, Gorz n’écrit pas forcément pour « sauver la planète ». Il cherche d’abord à sauver l’humain de la machine sociale. Il critique la « Mégamachine » industrielle qui dépossède chacun de sa capacité d’agir. Pour lui, la défense de la nature est d’abord « la défense du monde vécu » comme il le dit dans Ecologie et Politique…
Loin d’un catastrophisme complotiste, il prône une écologie émancipatrice et démocratique. Changer la société, oui. Mais en commençant par transformer la manière de vivre, d’habiter, de travailler. Il imagine des modes de vie qui pourraient de permettre à chacun de trouver leur place dans le monde.
Le travail, clé de l’autonomie
Gorz observe très tôt que la productivité explose tandis que l’emploi s’effrite. En France, la durée annuelle du travail chute. 1900 heures en 1950 et 1500 heures par personne dans les années 2 000. Pourtant, le chômage n’a pas baissé. Bien au contraire. Il oscille même depuis des décennies entre 7 et 10 % de la population active. Le philosophe y voit un paradoxe criant : plus nous produisons, moins nous vivons.
Il propose donc de redistribuer le travail et de réduire le temps salarié sur toute la vie. Cette libération du temps doit permettre à chacun de développer des activités autonomes. Pour apprendre, créer, cultiver, partager. L’économie, dit-il, doit se limiter aux biens socialement nécessaires. Le reste relève du domaine de la liberté. De cette idée naît son concept d’écosocialisme : une société où la technologie reste au service des personnes et non l’inverse. Une vision qui malheureusement est loin de l’ère du temps !
Il prévient d’ailleurs que cette transition peut aussi conduire à un éco-fascisme technocratique si elle s’en remet aux experts et aux algorithmes. Le choix est clair : ou bien une écologie politique, centrée sur l’autonomie et la sobriété ; ou bien une expertocratie qui contrôle au nom du climat.
André Gorz, un héritage vivant
André Gorz fut l’un des premiers à penser que l’écologie ne pouvait être qu’une politique de l’autonomie. Pour lui, la liberté ne s’oppose pas à la nature : elle en dépend. C’est pourquoi il voyait dans chaque individu le cœur battant de la révolution écologique. Sa pensée irrigue encore les mouvements de décroissance, d’économie solidaire et de transition locale. Elle inspire des générations de militants qui refusent la résignation technocratique.
André Gorz a vécu comme il a pensé : en quête de cohérence entre penser, aimer et agir. Un peu plus d’un siècle après sa naissance, sa voix résonne plus que jamais. La voix d’un homme qui croyait que l’écologie n’est pas une contrainte. Qu’elle ne devait pas être punitive, mais un chemin vers la liberté. S’il est en total décrochage avec le système économique actuel, on peut dire que ses idées étaient modernes car en adéquation avec la pensée des jeunes générations qui donnent au travail une autre vision que celle imposée par le capitalisme dominant.