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Une étude britannique récente démontre que le biométhane ne peut être une alternative crédible dans la mise en place d’une utopique mais souhaitable transition énergétique.
Commandée par la MCS Foundation et réalisée par Regen, cette étude montre que ce modèle a ses limites. Le biométhane séduit. Issu du fumier, des boues d’épuration ou des déchets alimentaires, ce gaz « vert » semblait une solution idéale pour remplacer le gaz fossile. Le biométhane ne pourra couvrir qu’une fraction modeste de la demande. « Le biométhane limité doit cibler les secteurs difficiles à décarboner« , une conclusion qui concerne aussi la France.
Une étude relayée par The Guardian.
Une contribution limitée
Les scénarios les plus optimistes prévoient au maximum 120 TWh de biométhane, soit moins de 18 % de la consommation totale de gaz en biométhane d’ici 2050 (en restant sur les chiffres des besoins actuels). La réalité pourrait être bien plus basse : on évoque des objectifs bien plus pessimistes avec 13 TWh seulement. Même avec des efforts colossaux, l’écart reste abyssal.
Autrement dit, le biométhane restera marginal. Il ne remplacera ni les chaudières au gaz fossile ni un réseau national basé sur le méthane. Les ménages devront basculer vers les pompes à chaleur et l’électricité renouvelable.
Des contraintes de ressources
Le potentiel de production dépend de la disponibilité de déchets organiques. Or, ces ressources sont limitées. Le fumier, les résidus agricoles ou les boues urbaines ne suffiront jamais à alimenter un pays entier.
Selon l’étude, il faudrait jusqu’à 6,5 millions d’hectares de terres agricoles pour atteindre certains scénarios irréalistes. C’est près de 26 % de la surface agricole britannique. Le dilemme avec la production alimentaire, la biodiversité et le climat deviendrait insoutenable. On imagine bien qu’en France, on rencontrerait les mêmes difficultés.
Des usages à cibler
L’étude plaide pour une hiérarchie des usages. Le biométhane doit être réservé aux secteurs difficiles à électrifier. Sidérurgie, secteur du verre, de la céramique sont concernés. Mais aussi le transport maritime ou aérien, où peu d’alternatives existent.
Utiliser massivement le biométhane pour le chauffage domestique n’a aucun sens. Pourtant des lobbies poussent dans ce sens. Les logements doivent passer aux pompes à chaleur, plus sobres et compatibles avec la décarbonation rapide.
Une énergie pas toujours « propre »
Contrairement à son image, le biométhane n’est pas toujours neutre en carbone. Selon les méthodes de production et le type de déchet, ses émissions peuvent dépasser celles du gaz fossile. L’impact du fumier, par exemple, reste étroitement lié aux élevages intensifs et donc aux émissions de méthane agricole.
Rapportée à la surface mobilisée, l’efficacité énergétique du biométhane reste faible. Un hectare de panneaux solaires produit jusqu’à 100 fois plus d’énergie qu’un hectare de cultures dédiées au biogaz.
En France aussi, un rôle secondaire
Si cette étude porte sur l’Angleterre, ses grandes lignes valent pour la France. Les gisements français de biomasse suivent la même logique : ressources limitées, compétition avec l’alimentation et nécessité de hiérarchiser les usages.
Autrement dit, le biométhane pourra contribuer localement : alimenter une laiterie, un réseau agricole, ou renforcer la sécurité énergétique en zone rurale. Mais il ne remplacera jamais le gaz fossile à grande échelle.
Le biométhane ne doit donc pas être rejeté, mais replacé à sa juste valeur : un complément ciblé, pas une alternative généralisée. Les choix politiques devront éviter l’illusion d’un « gaz vert pour tous ». La sobriété énergétique reste la base. L’électrification et les économies d’énergie restent incontournables. Aucune énergie, même renouvelable, ne suffira à soutenir les usages actuels des pays riches. Réduire massivement des consommations est indispensable. Et, encore une fois, l’énergie propre et infinie n’existe pas. Et même si elle devait exister, elle ne serait de toutes manières pas souhaitable.