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Contrairement aux discours et autres campagnes publicitaires, les banques continue à financer les énergies fossiles en accentuant la crise climatique.
Une enquête internationale menée par les ONG Data For Good, Reclaim Finance, Éclaircies et LINGO met en lumière une réalité glaçante.
Leur plateforme CarbonBombs.org, mise à jour en octobre 2025, révèle plus de 600 “bombes carbone” actives dans le monde, capables à elles seules de faire exploser les objectifs de l’Accord de Paris. Et derrière ces projets se cachent… les plus grandes banques de la planète.
Reclaim Finance avait déjà édité ce rapport « Banking on Business as Usual » en septembre 2025. Le constat était globalement le même.
CarbonBombs.org, un outil éclairant
Créé par un consortium de quatre ONG, CarbonBombs.org transforme des données complexes en un outil accessible à tous. Leur but est de dénombrer et localiser les plus grands projets fossiles de la planète. Ces “bombes carbone” désignent les méga-projets d’extraction de pétrole, de gaz ou de charbon. Ces sites sont capables d’émettre plus d’un milliard de tonnes de CO₂ sur leur durée de vie. L’analyse, fondée sur des bases scientifiques ouvertes comme celles de Global Energy Monitor, établit un constat alarmant. Les émissions potentielles de ces projets dépassent 1 400 gigatonnes de CO₂. C’est onze fois le budget carbone restant pour limiter le réchauffement à +1,5 °C.
Autrement dit, si ces projets se poursuivent, la Terre franchira un seuil climatique irréversible. En condamnant au passage l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050. Cela dit, tout le monde l’a bien compris : cet objectif s’éloigne au fur et à mesures que les données tombent.
CarbonBombs.org ne se contente pas d’aligner des chiffres.

Le site propose une carte interactive mondiale où chacun peut localiser ces sites d’extraction, cliquer sur un point et découvrir le nom de la compagnie pétrolière ou gazière responsable.
On y recense :
- 601 “bombes carbone”, dont 375 liées au charbon et 226 au pétrole et au gaz.
- 2 343 nouveaux projets fossiles approuvés depuis 2021, soit après la feuille de route Net Zero de l’Agence internationale de l’énergie, qui recommandait pourtant de cesser tout nouvel investissement fossile.
- En tout, ces projets représentent près de 1 469 gigatonnes de CO₂ potentiels.
Un chiffre vertigineux, quand on sait que notre budget carbone mondial n’est plus que de 130 gigatonnes pour maintenir le réchauffement sous 1,5 °C.
Les banques, financeurs clés de la crise climatique
On accuse les grandes multinationales du secteur. Mais, sans les banques, un grand nombre de ces projets n’auraient jamais vu le jour. En quelques années, plus de 1 600 milliards de dollars ont été investis dans les entreprises à l’origine de ces projets. A l’origine du financement, 65 grandes banques que CarbonBombs.org cite dans son bilan. En Europe, quatre grandes banques françaises ont aussi alloué près de 88 milliards de dollars à ces projets depuis 4 ans. Vous retrouverez leur nom sur le site de CarbonBombs.org en téléchargeant les données.
Les entreprises fossiles au banc des accusés
Les champions de cette expansion fossile sont bien connus. Ce sont toutes ces multinationales dont le nom revient régulièrement dans les débats économiques ou écologiques. Un grand groupe français se classe en tête dans ce triste classement avec 154 projets recensés. Dont un cinquième sont des bombes carbone. Or, ces projets représentent des dizaines de gigatonnes de CO₂ sur leur durée de vie.
Des contestations méthodologiques
Sans surprise, les entreprises et les banques concernées contestent les chiffres de CarbonBombs.org. Les entreprises affirment que son classement est « en décalage complet avec la réalité ». Les banques, elles, évoquent une baisse de leurs soutiens fossiles. Ce qui est vrai pour beaucoup d’entre elles. Mais derrière ces promesses et ces affichages verts, les flux financiers restent massifs. Et c’est bien là le cœur du paradoxe : alors que les engagements “net zéro” se multiplient, les capitaux continuent d’alimenter les sources mêmes du dérèglement climatique.
CarbonBombs.org propose un outil qui permet de se rendre compte des dégâts mais aussi des discours et publicités mensongers qui continuent d’alimenter les médias. Il montre aussi à quel point la finance reste prisonnière du modèle fossile. Malgré les discours sur la transition. Chaque “bombe carbone” activée rapproche un peu plus l’humanité du point de non-retour. Cela dit, rien de surprenant que des banques et entreprises aillent dans des activités rémunératrices. Mais comment peut-on accepter ce décalage entre les discours, les promesses et le laisser-faire organisé de manière complice, notamment par les politiques ?