Sommaire
La transition énergétique mondiale est injuste car elle permet aux plus riches de prospérer tout en pénalisant les pays les plus pauvres, notamment dans le Sud.
Oxfam, ONG internationale créée en 1942, lutte contre les inégalités. Elle défend une justice climatique globale. Son dernier rapport montre que l’utopique transition risque d’aggraver les fractures sociales et géopolitiques.
Derrière l’apparence verte, se cache en réalité un « colonialisme climatique ».
Le constat d’Oxfam : une transition aux fondations inégales
Les pays du Sud détiennent près de 70 % des minerais stratégiques. Ceux-ci sont indispensables aux batteries, panneaux solaires ou éoliennes. Pourtant, les pays du Nord à hauteur de 46 % et la Chine avec 29 % accaparent l’essentiel des investissements. L’Afrique, où vivent 85 % des personnes privées d’électricité, ne récupère que les miettes avec 2 % des investissements. L’énergie consommée par le 1 % le plus riche pourrait répondre sept fois aux besoins de toutes les populations sans électricité. Choquant !
Un « colonialisme vert » bien réel
Le lithium d’Amérique latine illustre cette injustice. La région détient 50 % des réserves mondiales, mais capte à peine 10 % de la valeur ajoutée de la filière batteries. Les mineurs eux-mêmes ne touchent que 2 centimes par dollar créé. Autre exemple : la République démocratique du Congo. Ce pays fournit près des deux tiers du cobalt mondial. Le rapport cite des exemples d’entreprises internationales célèbres qui des milliers de dollars de profit avec leur produit. Pourtant ces mêmes entreprises ne versent à ce pays que quelques euros en retour. En 2024, une célèbre marque de voitures électriques a engrangé près de 6 milliards de dollars, tandis que Kinshasa n’a perçu que 17,5 millions. Les exemples sont nombreux et édifiants.
L’endettement : un frein structurel
Les pays en développement supportent une dette extérieure de plus de 11 000 milliards de dollars. 30 fois le coût estimé pour assurer un accès universel à l’énergie « propre » d’ici 2030. En 2024, ils ont consacré 400 milliards au remboursement. C’est à dire autant de ressources perdues pour financer leur transition.
Les conditions de crédit restent profondément inéquitables. Les taux d’intérêt pour un projet solaire atteignent 9 à 13,5 % au Sud. 3 à 6 % dans les pays riches. Alimenter 100 000 personnes coûte ainsi 45 % plus cher en Inde qu’au Royaume-Uni. Près de 97 % plus cher au Nigeria.
Les recommandations d’Oxfam
L’ONG appelle à une transition décoloniale, décentralisée et juste. Ses propositions incluent :
- annuler les dettes insoutenables et financer la transition par des subventions ;
- imposer une fiscalité progressive aux ultra-riches et aux multinationales ;
- reconnaître le droit des peuples autochtones et interdire l’accaparement des terres ;
- redistribuer la consommation énergétique des plus riches pour garantir un accès universel au minimum énergétique moderne (1 000 kWh par personne et par an).
En somme, Oxfam rappelle que seule une transition décoloniale et équitable, fondée sur la justice sociale et la redistribution, peut réellement concilier urgence climatique et dignité humaine.
La transition énergétique, si elle exite vraiment, n’est pas qu’une question technique. Elle engage une réécriture des rapports de pouvoir hérités de plusieurs siècles de colonialisme. Si rien ne change, elle enrichira une minorité tout en laissant des milliards de personnes dans la misère et l’inconnu. Mais Oxfam insiste : un autre chemin est possible, si l’énergie devient un bien commun au service de la vie, et non un outil d’accumulation des profits.